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Idées reçues Dossier n° 006

Ces infrasons qui donnent la chair de poule: ce que la science explique vraiment

Certains sons très graves, presque inaudibles, peuvent provoquer un malaise réel. Mythe urbain ou mécanisme physique ?

Illustration : Animal hearing frequency range — Cmglee (CC BY-SA 3.0)
Plan de l’enquête 5 parties
  1. Infrasons et sensations paranormales : quand la physique explique la peur
  2. Des ondes sous la limite audible capables de perturber physiologie et psychologie
  3. L’affaire Vic Tandy : quand un ventilateur de laboratoire crée l’illusion d’une présence
  4. Hétérogénéité des preuves : pourquoi l’OMS appelle à la prudence
  5. En bref
  6. Pièces du dossier

Infrasons et sensations paranormales : quand la physique explique la peur

Il existe des lieux que l’on ne visite qu’une seule fois, marqués par une pression thoracique inexplicable ou une sensation soudaine d’être observé. Plutôt que de conclure immédiatement au paranormal, une explication physique plus prosaïque mais troublante se cache souvent dans l’air : les infrasons. Ces ondes sonores, situées sous la limite audible de l’oreille humaine, sont omniprésentes dans notre environnement et capables de perturber notre physiologie et notre psychologie, transformant parfois une simple visite en une expérience effrayante.

Des ondes sous la limite audible capables de perturber physiologie et psychologie

Les infrasons sont des ondes sonores dont la fréquence est inférieure à 20 hertz, plaçant cette plage sous la limite inférieure de l’audition humaine. Pour illustrer leur gravité, la note la plus basse d’un orgue d’église atteint environ 16 Hz, tandis que les infrasons sont encore plus bas. Ils sont générés par des phénomènes naturels tels que les tornades, les séismes et les avalanches, ainsi que par des sources artificielles comme la ventilation, les éoliennes, les moteurs diesel et les systèmes de chauffage.

Bien qu’inaudibles, ces ondes peuvent produire des effets physiques tangibles à des intensités suffisantes. Selon les observations, elles se manifestent par des vibrations dans la poitrine, une sensation de pression ou un malaise diffus. Elles peuvent également interférer avec l’audition en créant des illusions auditives : des expériences ont démontré que des infrasons peuvent suggérer l’existence d’une voix prononçant des mots, en l’absence de tout son audible.

L’affaire Vic Tandy : quand un ventilateur de laboratoire crée l’illusion d’une présence

Ce qui frappe l’esprit, c’est le fossé entre l’invisibilité de ces ondes et la vivacité de leurs effets subjectifs. Il est contre-intuitif qu’un son que nous ne percevons pas consciemment puisse provoquer des réactions aussi intenses, telles que l’angoisse, la sensation de présence ou des frissons. Cette invisibilité, combinée à la ubiquité des sources modernes (machines industrielles, systèmes de climatisation), crée un terrain propice à l’incompréhension.

L’affaire la plus célèbre illustrant ce phénomène remonte à 2001, lorsque le chercheur Vic Tandy a rapporté au Journal of the Acoustical Society of America se sentir « observé » et voir des ombres dans son laboratoire la nuit. Ses investigations ont révélé qu’un ventilateur produisait des infrasons à 19 Hz. En modifiant cet équipement, les sensations ont disparu. Cette étude est devenue une référence majeure, suggérant que certains cas de « hantise » pourraient être attribués à la présence d’infrasons plutôt qu’à des entités surnaturelles.

Hétérogénéité des preuves : pourquoi l’OMS appelle à la prudence

La littérature scientifique actuelle reste hétérogène. Certaines études font état d’effets physiologiques mesurables, incluant des modifications du rythme cardiaque, des variations de la pression artérielle et des changements dans les ondes cérébrales. D’autres, en revanche, ne détectent aucun effet significatif. Cette divergence semble dépendre de plusieurs variables : l’intensité du son, la durée d’exposition, la sensibilité individuelle et le contexte psychologique.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît que le bruit environnemental, y compris les infrasons, peut affecter la santé, mais insiste sur la limite des preuves actuelles. Il demeure difficile, selon les experts, de distinguer les effets directs des infrasons de ceux liés au bruit audible qui les accompagne souvent. Il faut donc éviter de généraliser : un seul cas ne fait pas une loi, et si les infrasons peuvent expliquer certaines sensations, ils n’expliquent pas tout. Le rapport entre perception, environnement et croyance reste complexe.

En bref

  • Physique réelle : Les infrasons (< 20 Hz) sont des ondes physiques produites par la nature et l’industrie, invisibles mais capables de créer des illusions auditives ou des sensations de pression.
  • Lien paranormal : Des cas documentés, comme celui de Vic Tandy, montrent que ces ondes peuvent provoquer angoisse et sensations de présence, offrant une explication naturelle à certaines « hantises ».
  • Prudence scientifique : Les effets varient selon l’intensité et l’individu ; l’OMS souligne le besoin de plus de recherches pour séparer les impacts des infrasons de ceux du bruit audible et du contexte psychologique.

Pièces du dossier

  1. A review on infrasound and health (PubMed) pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
  2. WHO Compendium on environmental noise who.int
  3. Infrasound - Wikipedia en.wikipedia.org

Classé sous scienceperceptionmythes

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